28.8.13

i've prepared a lecture on why i have to leave

(de l'art de publier maintenant un article presque entièrement rédigé en juin, you go Juliet)

Je redeviens un peu plus régulière dans mes reviews parce que plus ça va, plus j'ai l'impression qu'un Alzheimer précoce risque de me tomber sur le nez d'ici quelques années et ça sera bien dommage à ce moment là d'avoir décidé d'investir quelques milliers d'euros dans des places de concerts pendant mes études au lieu d'épargner et de rester chez moi au calme pour relire mes cours. J'ai d'ailleurs mis y'a peu de temps un point final à la phase 1 de mes études supérieures et j'étais bien contente de moi, comme vous le savez le démarrage s'était montré un peu laborieux. Les trois dernières semaines furent donc riches en fichage de cours auxquels j'avais oublié d'assister (la linguistique ♥) et en concerts me menant à une ruine parfaitement assumée. Chronologiquement ça a donné ça:


  • 21 mai: The Postal Service
De toute la liste, c'était probablement ceux que j'attendais avec le plus d'impatience, pour des raisons assez évidentes de caractère probablement unique de ce concert sur le sol français (je les vois assez mal refaire un album et encore moins revenir à Paris parce qu'on est un peu le lieu à éviter numéro 1 des groupes des amériques en tournée en Europe). Je voue une passion sans limite à Ben Gibbard que j'aurais donc eu la chance de voir 3 fois ces 12 derniers mois, une fois avec Death Cab For Cutie (également au Trianon), une fois en solo au Café de la Danse et enfin avec le Postal Service. Chaque concert était exquis à sa manière mais là pour une raison qui m'échappe un peu je mourrais vaguement de stress donc j'ai pas mal bu et chanté très fort et très faux et ô que c'était doux, que Ben trépignait élégamment et que Jenny Lewis n'était que rayonnement. L'amour était absolu dans mon coeur et la semaine ne pouvait pas mieux commencer.
  • 22 mai: Deerhunter
Deerhunter et moi, c'est d'abord une très longue liste d'occasions manquées. Ils sont dans mon radar depuis le lycée et la sortie de Microcastle, j'ai pas mal d'affection pour eux (spécifiquement pour le guitariste Lockett Pundt, on va pas se mentir - je crois que j'ai déjà évoqué le cas Lotus Plaza sur ce blog il y a quelques années mais l'amour est toujours bien présent, même après avoir manqué de perdre l'audition en allant les voir sur une péniche à Lyon) et pourtant je suis parvenue à rater tous leurs passages à Paris depuis que je vis ici. J'ai une bonne liste d'excuses recevables pour chaque date mais c'est pas forcément intéressant, ce qui importe c'est qu'il y avait un trou en forme de cerf dans mon existence musicale et que c'était plutôt positif d'enfin pouvoir le combler. Les mecs ont joué un set très largement porté sur Monomania, dernier album que je maîtrisais assez mal au moment du concert, mais c'était quand même cool, cependant je voudrais que Lockett chante en permanence parce que Desire Lines = 3° merveille du monde. On est sorti du truc avec des jolies vibrations dans les oreilles.
  • 25 mai: Grizzly Bear
Difficile de pas résumer ce concert en utilisant des onomatopées débiles exprimant l'amour, le ravissement, la niaiserie et l'émotion. Grizzly Bear, c'est les tenants du titre "meilleur concert de ma vie" dans mon coeur depuis fin 2009 et une Cigale parfaite que j'avais reviewé titre par titre à l'époque (traitement réservé aux life-changing experiences: eux, Blur, un ou deux autres groupes). J'avais eu l'occasion de les revoir et de roucouler un peu au Pitchfork Festival à l'automne mais les sets de festivals ne sont par définition jamais suffisants, et j'étais donc pleine d'anticipation pour ce concert qui tombait en plus le soir de mes 2 premiers partiels, ce qui impliquait le besoin d'un sacré remontant. Ils n'ont pas déçu et je veux donc bien entendu toujours épouser Chris Taylor, et on notera que je me tiens quand même vachement mieux qu'il y a 4 ans puisque cette fois ci je ne me suis pas littéralement cassé la gueule quand ils ont entamé Knife.
  • 26 mai: Phoenix
Là encore je suis arrivée au concert un peu larguée sur le dernier album en date (j'avais pas le temps, je suis une mauvaise fan, etc) et c'était la date que j'anticipais le moins de la semaine et donc probablement la meilleure surprise du lot: pour une fois, le public parisien était particulièrement réveillé et motivé, ça gueulait avec application dans tous les sens et la setlist était irréprochable, même les medleys un peu douteux sur le papier n'apparaissaient en rien forcés dans le contexte live. Thomas Mars a escaladé avec aisance le balcon sous le regard bienveillant de sa femme et tout le monde était très content qu'il ne se casse pas le cou en en redescendant. J'en suis sortie la mèche humide et ravie de les revoir peu après aux Eurocks.
  • 29 mai: Vampire Weekend
Encore un groupe de mon coeur dont l'écoute me renvoie systématiquement à 2008 (quelle belle époque c'était !) et qui a maintenant bien grandi, contrairement à son public. Je sais pas trop où étaient les vrais fans mais en tout cas pas vraiment autour de moi vu la mollasserie ambiante de l'audience ce soir là, ce qui est à peu près ma source de frustration numéro 1 en concert, devant le son pourri et les groupes en retard. Fort heureusement, j'ai des amis de qualité qui étaient prêts à chanter les guitares avec moi, sinon j'aurais probablement décidé de taper sur des gens au hasard pour qu'ils retirent au moins un souvenir des 40€ qu'ils avaient quand même déboursé pour rester complètement statiques. Têtes de bites. Sinon VW ont joué Hannah Hunt donc de leur côté le contrat était rempli, même si le set n'a jamais vraiment décollé. Du coup pas exactement la motivation de retourner les voir au Zénith.
  • 3 juin: The Stone Roses
Nous avions eu l'an dernier la chance avec mon amie Julie de les admirer dans le cadre éternellement sublime du théâtre romain antique de Fourvière en compagnie d'anglais éméchés portant des bobs citrons et ça reste à ce jour un souvenir très doux, on avait même eu droit à Eric Cantona venant rejoindre la première partie sur scène pour un Should I Stay or Should I Go mémorable. Là, c'était un peu moins ça, Ian Brown chantait n'importe comment et parfois pas en rythme, ce qui peut être ok quand tu joue à Singstar chez toi mais moins quand t'es dans une Cigale pour laquelle les gens ont décaissé 50€ (je parle beaucoup du prix des places de concert parce que ce mois m'a quand même bien maltraité le porte monnaie donc faut que j'extériorise un peu ma douleur). Heureusement pour notre plaisir, y'avait des hordes d'anglais bien de Manchestah pour orner la salle de leurs petits polos, jolies coupes de cheveux à franges et pattes et de leurs vocalises les plus mélodieuses. Du coup oui, c'était assez karaoké comme ambiance mais ça restait honnête, même avec un chimpanzé pas totalement apprivoisé en guise de frontman. Le parallèle Ian Brown/ primate est usé mais toujours autant d'actualité.
  • 8 juin: Kurt Vile
Bon là pour le coup je sais si je suis en mesure de très bien reviewer parce que j'avais quelques bières de trop dans le système, mais Kurt était à peu près charmant et juste dans ses interprétations, donc pas grand chose à ajouter. J'étais contente mais faudra que je retourne le voir en fin d'année pour approcher ça avec plus de professionnalisme quand même.
  • 10 juin: The Killers
Pour approximativement la cinquième fois de ma vie, j'ai accepté de me déplacer jusqu'au Zénith pour voir un concert. C'était les Killers, je les ai jamais vus alors qu'ils font partie de mon top 10 lastfm (ce qui signifie essentiellement qu'ils font partie du cercle très fermé de groupes donc je connais tou(te)s les paroles / la vie / les noms de leurs gosses) et je m'y rendais avec deux potes aussi motivées que moi pour faire de cette soirée le karaoké suprême de leurs existences, la joie était donc bien présente. Et ils étaient tout simplement fabuleux, spécialement Brandon Flowers qui est le mormon numéro 1 de mon coeur et qui n'était ce soir là qu'amour et sautillements de petit criquet trop joli pour être honnête. La setlist était très équilibrée et le dernier album sonnait finalement pas mal du tout sur scène, ce qui était un peu la surprise du jour, puis surtout ils avaient des canons à paillettes en forme d'éclairs, ce qui est incontestablement un des trucs les plus cools qui soit au monde. Ca valait bien ses trois litres de transpiration et des cordes vocales flinguées le lendemain.
  • 14 juin: Dowsing + Annabel
Derniers mais pas des moindres, double affiche emo / Count Your Lucky Stars à Paris. Ce genre de tournée parfaite ne fait pas très souvent d'arrêt par chez nous donc il est important de ne pas passer à coté et d'en profiter pleinement, et rien ne pouvait ce soir là nous arrêter puisque nous nous sommes rendus à l'Amsterdam, en quasi bout de ligne 9 (c'est à dire à peu près les limites du monde connu) pour admirer ces charmants petits américains. La soirée ne manquait pas en absurdité, ayant lieu dans un bar aux habitués rougeauds cinquantenaires avec serveuse aux tenues d'inspiration très vaguement tyrolienne où le chemin des toilettes passait par la petite scène de fortune, mais les deux groupes se sont quand même remarquablement démerdés, particulièrement Annabel qui ont réussi à sortir un truc complètement planant assez surprenant, et dont le final sur Our Days are Numbered (si ma mémoire est bonne...) touchait au sublime. Le son laissait un peu à désirer chez Dowsing, mais difficile de les blâmer compte tenu des circonstances. Bref j'étais bien contente.

18.5.13

and when our voices fail us we will find new ways to sing

Commençons par une petite remise en contexte de l'affaire: les Connecticuters (ou Connecticutians, wikipédia n'est pas très clair sur la question) de The World is a Beautiful Place & I am No Longer Afraid to Die devaient sortir le mois prochain leur premier album, mais internet et quelques fans trop pressés en ont décidé autrement. Whatever, If Ever a donc leaké en milieu de semaine, générant par la même occasion un petit tsunami virtuel chez les barbus du Midwest: l'écouter, se retenir, trahir ses convictions DIY ? Ca s'est donc insulté sec entre fans par blog posts interposés, jusqu'à ce que le groupe et leur label décident de proposer le truc sur bandcamp, le rendant gratuitement streamable et téléchargeable contre la modique somme de 7$, les copies physiques n'arrivant elles que fin juin, comme prévu initialement. Une fois les tensions apaisées et les cas de conscience réglés, on a donc pu profiter librement du tant anticipé album et pousser un gros soupir de soulagement collectif parce que comme prévu, il est parfait.



Pour reprendre leurs propres mots, ces garçons font de l'emo atmosphérique, ce qui a contre toute attente vraiment un sens, et comme c'est un créneau pas trop saturé, ils y règnent paisiblement en maîtres. Avec déjà plus de 16 000 fans sur FB, ils ont un gros following pour un groupe de ce genre et n'ayant jamais sorti d'album, et se font depuis quelques années une réputation à coup de slipts et de petits EP de bonne facture par ci par là. Dernièrement ils ont sorti un très bon split avec Code Orange Kids, Tigers Jaw et Self Defense Family dont je vous recommande aussi l'acquisition, ne serait-ce que pour leur titre. Pour en revenir à l'album, il est presque trop court (35 minutes dont 7 minutes de Getting Sodas, qui referme l'album et qui est selon moi la meilleure chanson du monde actuellement), ne contient pour ainsi dire pas un seul morceau médiocre et regroupe tout ce qui fait de ce groupe un plaisir de tous les instants: le mélange savamment dosé entre les chants emo classiques avec les choeurs scandés et les instrus qui te déchirent le coeur mais avec délicatesse, et bien entendu les titres de chansons vaguement crétins, comme Ultimate Steve qui succède à Mega Steve (je suis jalouse de ce Steve). C'est de l'emo sans pathos et c'est très très beau et ils méritent donc plein de reconnaissance et de succès.


Bref s'il vous plaît, écoutez, appréciez et faites tourner, histoire qu'on leur constitue une petite fanbase française et qu'ils aient une bonne raison de venir un jour tourner sur nos terres.

4.5.13

can't take it back, it's too late, we've reached the climax

Pour fêter le début de mes vacances, je me suis rendue le weekend dernier en terre Flamande pour tester le Groezrock, suggestion fort avisée de mon ami Anthony. C'est un festival qui possède une programmation principalement orientée punk, hardcore et dérivés, donc pas exactement ma scène habituelle mais face à la perspective de bières et frites forcément plus abordables qu'au Pitchfork, j'ai pas été très difficile à convaincre. Puis bon, deux jours dans la campagne Belge entourée de gens avec des mohawks ou des chaussettes remontées jusqu'aux genoux, ça me semblait quand même être une expérience intéressante, au moins sur le plan sociologique.



27/04:

On débarque sur le site du festival en début d'après-midi, pendant le set des Riverboat Gamblers, un set qui me servira surtout à découvrir la présence d'un écran géant relié à twitter sur lequel j'ai posté pas mal de trucs stupides pendant le weekend (pardon aux autres festivaliers francophones et à mon crédit téléphonique pas hyper adapté à l'usage d'internet au delà des frontières françaises). On regarde deux chansons d'Obey The Brave avant de prendre la fuite et on enchaîne sur Russ Rankin, leader de Good Riddance qui se produisait sur la scène acoustique du festival. Car oui, le Groezrock possède une scène acoustique, planquée derrière celle abritant la plupart des groupes à obédience metalcore, et servant essentiellement à accueillir d'ex-membres de groupes cultes morts récemment qui, voulant peut être préserver ce qu'il leur reste d'audition, se sont tournés vers les guitares sèches: on citera également les exemples de Walter Schreifels de Gorilla Biscuits ou de Geoff Rickly de Thursday, vus un plus tard dans le weekend. Russ était sympa même s'il a passé un peu trop de temps à nous expliquer que la société allait pas super bien et que c'était de ça que parlait ses chansons, et que parfois les relations à distances ça marchait pas trop, et que c'était également un bon sujet de chanson. No shit Sherlock.

Les festivaliers étaient dignes

C'est donc plein de mal-être que nous reprenons le chemin de l'Etnies Stage, connu comme le chapiteau sans barrière où tout un chacun peut donc joyeusement bondir sur scène pour enlacer un guitariste / hurler dans un micro / plonger sur ses camarades sans que la sécurité vienne te déloger. On y retrouve AC4, des punks Suédois quarantenaires menés par Dennis Lyxzén, le très bien conservé leader des fameux Refused (ça fait 6 ans que je bloggue mon amour des suédois, je vais pas m'arrêter maintenant). C'est bien, ils jouent 40 minutes dont une moitié de blabla car du propre aveu de Dennis "on a pas de quoi tenir 40 minutes" et ils nous font des titres sur le pape et Thatcher pour remplir le quota d'engagement politique du jour. J'ai surtout retenu de leur set que Dennis demeure très joli malgré son grand âge et que ça fait un an que je suis pas allée en Suède et que cet endroit me manque. On regarde ensuite un poil de The Story So Far avant de revenir vers la scène principale pour le nom a priori un peu hors-sujet du jour, à savoir Frank Turner. Ok, le mec vient du hardcore, mais de nos jours il a plus à voir avec Mumford and Sons qu'avec les mecs à shorts noirs et grandes chaussettes qui rodent sur les prairies de Meerhout. Bizarrement, ça marche, les anglais du festivals sont correctement motivés et ça chante très fort sur la plupart des titres et soyons honnêtes, Turner tient très bien une scène, et je dis ça en tant que non-fan convaincue du bonhomme. Du coup bonne surprise.

On va après ça voir Walter Schreifels, les mecs se sont moqués de son sweat type "de Noël" (il faisait 5°C, il avait le droit) mais au delà de ça il est parvenu à être pas chiant du tout, et c'est toujours appréciable parce que les mecs seuls avec une guitare ça demeure un danger de chaque instant. On continue sur le début du set de ...and You Will Know Us By The Trail of Dead, qui n'étaient apparemment pas au top de leur forme puis rapide saut à Title Fight mais le chapiteau trop bondé nous maintient à distance, on note juste que Jamie s'est coupé les cheveux avant de revenir sur la main stage pour les légendes du punk californien Pennywise. Les mecs remplissent leur contrat de manière fort honnête et on repart dès la fin du mythique Bro Hymn (les mecs qui gueulent par milliers les Oooh-oh-oh du refrain, c'est une expérience à vivre au moins une fois) vers l'Impericon Stage pour voir l'un des 3 groupes que j'attendais le plus du festival, à savoir les emos fraîchement reformés de Texas Is The Reason. C'est incontestablement un des groupes emo 90s les plus influents, et rejouer en live des titres aussi marqués par leur contexte de création, aussi symbolique de leur scène pouvait s'avérer casse gueule voir franchement dispensable. Mais il faut croire que la rage adolescente emo vieillit bien, le résultat étant simplement magique, et même s'il leur a fallu 2/3 titres pour se mettre en selle, j'aurais pu les regarder jouer une heure de plus. À la fin, c'était le festival de la chair de poule, les lumières étaient splendides et les quatre musiciens parfaits. J'étais aux côtés d'une poignée de trentenaires qui étaient en train de vivre des moments très intenses et selon moi, les mecs qui se font des câlins en ravalant leurs larmes en fin de concert, ça demeure le meilleur indicateur de qualité du monde. Bon, je revivais évidemment pas mes 16 ans comme la plupart des membres du public mais j'en avais pas moins le coeur serré en me dirigeant vers la fin du set de Rocket From The Crypt. Je reverrai probablement jamais Texas Is The Reason donc merci pour toute cette perfection, Garrett Klahn je t'aime.

La météo était moins dégueulasse que prévu

Enfin en clôture on a pu admirer les forts attendus Rise Against, qui étaient tout à fait à hauteur des espérances. J'étais un peu dans la souffrance après une journée passée à arpenter les plaines de Meerhout en bottes Aigle mais les natifs de Chicago ont finalement fait pencher du bon côté le combat intérieur que se livraient ma flemme et ma volonté/capacité à maintenir une position verticale. Seule frustration, on m'a pas autorisé à envoyer une blague de bon goût sur le bacon via tweet pendant leur set (les 3/4 du groupe sont straight edge et vegans). Ils ont terminé la soirée avec un rappel constitué d'une poignée de titres acoustiques un poil tire-larmes et même les plus punks d'entre nous semblaient émotionnellement très impliqués. C'était très joli.



28/04: 

La journée commença dans la douceur après un réveil à 8h30 dans l'optique de faire l'ouverture des concerts. Les garçons tenant particulièrement à voir les Front Bottoms, on parvient à avoir plié bagages à peine une heure après notre réveil. Arrivés sur le site à tout juste 10h, on s'émerveille face à la relative propreté des sols, la veille jonchés de milliers de cadavres de verres, de barquettes vides et d'os de poulet soigneusement rongés (on est en terre vegan mais pas trop non plus). Sous le chapiteau de la douce Etnies stage, plus un seul brin d'herbe, tout n'est que boue séchée et trous fourbes dans lesquels nous avons tous trébuché à un moment ou un autre, envoyant au passage valdinguer bières et frites. On s'installe paisiblement sur la scène en attendant les petits Américains. Le duo transformé en quatuor en configuration live confirme ce qu'il laissait espérer sur disque, se posant comme l'un des meilleurs concert du weekend. Enchainement sur la même scène peu après avec Masked Intruder. Une amie a trouvé la bonne formule en les qualifiant de Power Rangers du pop-punk: les 4 mecs sont chacun flanqués d'une cagoule que les Spring Breakers d'Harmony Korine n'auraient pas renié: du vert, du rouge, du jaune et du bleu pour le leader. Au voyant couvre-chef viennent s'associer Converses assorties et instrument suivant également le schéma couleur. L'élégance même. On ignore toujours l'identité réelle des 4 mecs mais ils maîtrisent parfaitement la notion de fun: leur set est vite expédié mais très cool, avec un petit passage chorale pour Heart Shaped Guitar où les 4 sont rejoints sur scène par une demi-douzaine de fans de sexe féminin ("best thing about being in a band") bien motivées mais qui ont brisé le coeur de mes potes, qui avaient bien révisé leur Masked Intruder dans l'optique de réaliser le rêve de toute une vie et de se produire sur une scène du Groezrock. 

Je contemple un instant While She Sleeps et son chanteur torse nu mais pas pour autant très ragoûtant avant de comprendre qu'il n'en sortira rien de bon et qu'il est grand temps de me resservir en Hoegaarden rosée puis on va voir Evan Weiss, mon petit préféré du weekend et l'homme derrière Into It. Over It. Evan est bien évidemment parfait, il nous explique qu'il a décidé de se mettre au sport et que c'est donc pour ça qu'il a abandonné son tabouret pour jouer de la guitare debout et nous incite à "go punk-rock" pendant l'un de ses titres, offrant à la scène acoustique un petit mosh-pit ainsi qu'une grappe de stage-divers. C'est improbable et très drôle et plein d'amour. Evan nous explique qu'il a pas les moyens de repartir aux Etats-Unis avec sa guitare et que si quelqu'un est intéressé il la vendra au merch, mais un mec particulièrement motivé hurle un petit "smash it" qui fera des émules et le concert s'est effectivement conclu par une guitare explosée, dans la joie et la bonne humeur.

Evan Weiss est un homme parfait

Si y'avait à peu près tout le temps des trucs intéressants à aller voir sur la prog, on avait quand même réservé le créneau du dimanche 16h pour l'un de groupes les plus remarquables de ces dix dernières années, à savoir les tragiques Attack Attack!. J'ai découvert ces garçons il y a 3 ou 4 ans via la vidéo de Stick Stickly, qui est à la fois leur titre le plus célèbre et le plus dégueulasse (j'ai pas poussé le vice jusqu'à m'infliger l'intégralité de leur discographie pour vérifier, mais le live a à peu près confirmé mon idée). Attack Attack, c'est les leaders charismatiques du Crabcore, vrai-faux mouvement musical dont les membres sont moqués pour leurs postures ridicules sur scène: ces derniers plient les genoux tout en jouant de leur guitare et se balancent de gauche à droite, ce qui dégage effectivement un peu petit truc crabesque assez comique. Au delà de leurs chorégraphies étudiées, ils jouent d'un metalcore bâtard assez peu ragoûtant, où aux habituels cris viennent se méler geignements vocodés et fond de petits claviers techno bien bien kitsch. Je vous recommande donc vivement la vidéo de Stick Stickly et avertissement, il faut prendre son courage à deux mains et regarder le truc jusqu'au bout: c'est traumatisant dès la première intervention de l'autotune, mais le véritable climax du titre n'intervient que sur le tard. Bref, pour en revenir à leur set, qu'on allait donc essentiellement voir pour l'amour du rire: c'était plus pathétique que comique. On a observé un groupe à l'agonie: ils ont perdu l'an dernier chanteur et guitariste et viennent tout juste d'annoncer qu'ils se séparaient à l'issue de leur tournée. Du coup, c'était le dernier show européen d'Attack Attack de l'Histoire. Ils ont à leur tête une sorte de tour manager bientôt chauve et trop en surpoids pour être crédible en frontman d'un groupe appartement à un mouvement où la mèche se porte lisse et devant les yeux et où les leggings noirs se substitueraient presque aux jeans skinny tant il est important d'exhiber la finesse de ses mollets. Leur screamer roux à bonnet, s'il possédait lui le tour de cuisse réglementaire, semblait plus intéressé par les odeurs de weed émanant du public que par ce qui se passait sur scène, et leur bassiste en avait tellement rien à faire qu'il a fait le crabe en pantalon cargo beige. Moi qui m'attendais à 5 mecs en noir bien babylissés prêts à balancer leurs guitares au dessus de leurs tête en rythme, je suis tombée de haut. L'affaire fut néanmoins sauvée par un trio de connaisseurs dans le public qui faisaient le crabe plus bas que le guitariste du clip de SS, et qui, l'ivresse aidant, donnaient finalement un spectacle plus intéressant que le chanteur qui courrait d'un côté à l'autre de la scène en suant abondamment. Visiblement victime d'une crise existentielle majeure, l'homme nous incitait à "take no shit from anyone in life, ever" (un avis qu'il applique probablement si on en juge ses chemises) et expliquait qu'il voulait voir les filles "shake that ass" (non, jamais). Ils sont partis en faisant une dernière photo du public majeurs levés puis on est allés manger des frites et boire des bières pour combler un peu le malaise. Puis bon, ça avait beau être totalement dégueulasse, j'avais quand même un petit pincement au coeur pour les 5 personnes en tshirt Attack Attack! qu'on a croisé dans la journée, ils étaient sûrement au bord du suicide. 

Le meilleur crabcoreux du weekend

On digère devant la reformation de Sparta avant d'aller s'asseoir face à The Starting Line parce que gros coup de mou de mon côté puis on file ensuite voir The Used, afin d'observer de plus près l'inquiétant Bert McCracken, aperçu sur le côté de la scène d'Attack Attack quelques heures avant. Ma connaissance personnelle de la vie et de l'oeuvre du bonhomme se limitant à ses apparitions aux côtés de Gerard Way de My Chemical Romance dans quelques docs violemment 2005 vus il y a quelques années, j'arrive à leur concert avec une bonne poignée de préjugés et une méconnaissance totale de leur discographie. Le groupe semble bien conscient que ses meilleurs jours sont derrière lui, remerciant abondamment leurs fans hardcore de les avoir suivi les 12 dernières années et annonçant régulièrement de vieux titres qui ont bousculés plus d'un esprit nostalgique dans la fosse, un mec trop enjoué m'ayant même à moitié défoncé l'épaule dans un moment de liesse. Si leur répertoire ne m'a pas vraiment convaincue, force est de reconnaître que Bert possède de réels talents de chauffeur de salle, même face à un public pas vraiment acquis. Du coup c'était étonnamment correct, je m'attendais à plus de mauvais goût mais j'avais quand même un peu envie de vomir face aux cheveux bien longs bien gras et bien mal colorés du frontman. 

A la dernière chanson, on reprend la direction de l'Impericon Stage, aka le 8 cercle de l'enfer (j'y avais testé While She Sleeps aux alentours de midi et c'était pas exactement le meilleur moment de ma vie, et bon, Attack Attack quoi), cette fois ci pour voir le deuxième plus gros groupe de Sheffield en activité, à savoir les très tatoués Bring Me The Horizon. Là encore, c'est un groupe sur lequel j'ai longtemps eu plein de préjugés: BMTH, c'est un peu les poster-boys du Metalcore, ils ont un chanteur qui présente bien, qui possède sa marque de fringues et son propre tumblr où il poste des selfies avec son chien pris sur photobooth qui sont rebloggués des milliers de fois par des ados qui passent des heures à faire des montages avec son doux visage (je blame pas pour les selfies, je fais la même chose avec mon chat mais mon métier n'est pas de hurler FUUUCK dans un micro à quelques milliers de personnes chaque soir). Ils souffraient donc à mes yeux d'un certain déficit de crédibilité mais j'avais cependant décidé à l'approche du Groezrock de me pencher sur leur dernier né, le tout récent Sempiternal dont les deux premiers singles Shadow Moses et Sleepwalking tournent en boucle sur Radio 1, ce qui pourrait paraître surprenant mais est en réalité surtout symptomatique d'un répertoire devenu plus accessible. Contre toute attente, BMTH ont réussi à donner sur Sempiternal une qualité presque pop à leurs cris, et si j'ignore comment leurs fans de base ont accueilli ce changement de cap, le résultat fonctionne pour moi. Pour ce qui est de leur live, leur professionnalisme s'inscrivait à des kilomètres de la piteuse performance donnée par Attack Attack quelques heures auparavant. Le chapiteau débordait, les fans du groupe étaient probablement les plus visibles et motivés du jour (l'immense file face à leur stand de dédicace en était la preuve) et chaque parole était scandée avec ardeur, même pour les tous derniers titres. L'ensemble forçait donc le respect et je me moquerai plus d'Oli sur tumblr parce qu'en vrai ce garçon fait très bien son boulot. 

La Joie de Vivre

Une fois BMTH terminé, retour une dernière fois à la scène acoustique pour une performance solo de Geoff Rickly, leader des nouvellement enterrés Thursday. C'était le 9° Groezrock tous groupes confondus pour lui, et si le public n'était pas très dense (la reformation de Black Flag s'apprêtant à jouer sur la scène voisine, Billy Talent occupant le main stage), il y avait quand même pas mal de fans dévoués pour réciter religieusement les paroles de leurs titres préférés. Fonctionnant à cet instant sur mes réserves d'énergie, j'ai passé le set assise sur la régie, aux côtés d'un Belge un peu aviné au genou abimé qui a eu l'amabilité de partager sa weed avec moi (la camaraderie punk I guess) et c'était fort agréable. La performance de Geoff s'inscrit dans le top 3 des excellentes surprises du weekend, le meilleur moment ayant été une reprise aussi inattendue que réussite du Climax d'Usher. J'ai ensuite jeté un rapide coup d'oeil à FLAG mais étant au bord de la crise d'hypothermie, on a pas trop tardé avant de se rabattre sur nos casiers pour éviter la pneumonie -d'ailleurs les casiers en festival c'est la meilleure invention du monde, prenez note en France car je suis sûre qu'il y a plein de tunes à se faire là dessus et ça rend vraiment service. Enfin, j'ai passé tout le set de Bad Religion assise par terre à étudier les gens parce qu'ils étaient intéressants, y'avait des mecs à crêtes qui se frappaient discrètement la poitrine en harmonisant avec leurs voix graves et les gens faisaient très bien les choeurs sur les morceaux les plus connus. J'étais certes un peu stoned mais je me suis un instant crue à l'église, ce qui est vous me l'accorderez un peu le comble de l'ironie. 

Exode post-Used

À la fin on a du repartir rapidement car on avait quand même quatre heures de voiture pour rentrer à Paris. On a chanté un peu de Bro Hymn sur le chemin du parking puis après un peu salement dans la voiture, c'était bien et quand je suis arrivée chez moi au petit matin, j'ai mis un peu de Rise Against afin de me motiver pour me coucher et c'était aussi très beau. 3000 mots dont 1000 sur ces pauvres Attack Attack! pour dire que j'étais très contente et que oui, je retournerai au Groezrock parce que c'était trop cool.